De l’importance de la pratique des arts martiaux dès le plus jeune âge et tout au long de la vie

Une pratique ancestrale

Les arts martiaux ont en commun d’allier la pratique de l’autodéfense et le développement spirituel. On parle de budô pour nommer les arts martiaux japonais apparus au milieu du 19 ème siècle. En japonais bu signifie « combat » et do « la voie ». Les plus connus en Occident sont le Judo, le Karaté, l’Aïkido et le Kendo.

Dans leur forme ancestrale, les budô sont empreints de Bouddhisme zen, de taoïsme et de shintoïsme. Les créateurs des écoles des arts martiaux souhaitaient éduquer les jeunes aux valeurs traditionnelles et au respect. La base de la pratique s’appuyait sur des notions telles que le Ki, l’énergie vitale de la respiration du ventre qui est le siège du centre des énergies.

Pour enseigner des valeurs telles que l’honneur, la générosité, la sincérité, la loyauté, ou encore la sagesse, ils avaient recours à la spiritualité et pouvaient utiliser des métaphores : le rayon de lune, l’eau qui coule et qui contourne l’obstacle au milieu de la rivière…

Aujourd’hui plus que jamais, les arts martiaux semblent être une réponse aux maux divers dont souffre notre société. Des déséquilibres majeurs entrainent des souffrances chez les individus, qui se répercutent au sein des familles, des entreprises et de la société toute entière. Cette période de confinement vient d’ailleurs en souligner bien des aspects.

Des chercheurs se sont intéressés à l’impact de la pratique des arts martiaux sur le cerveau et ont remarqué une amélioration des fonctions cognitives, affectives et physiques chez l’adulte comme chez l’enfant.

Au niveau physique, le corps se renforce et s’assouplit. La posture se modifie.

Au niveau cognitif, on constate une amélioration de la concentration et de la mémorisation, une meilleure latéralisation.

Au niveau affectif, on note un niveau plus faible de dépression, une meilleure estime de soi, et surtout une meilleure gestion du stress.

L’accent mis sur la respiration et la méditation procure des bienfaits qui ne sont plus à souligner : en effet, le fait de maîtriser la respiration et de pouvoir entrer en état de méditation est fortement lié au sentiment d’apaisement et permet de mieux gérer les situations anxiogènes.

Les thérapeutes se sont emparés de ces conclusions et se servent des arts martiaux comme d’un formidable outil de résilience.

Il est d’ailleurs très facile d’établir des liens entre certaines méthodes de psychothérapie brève (dont l’hypnose fait partie) et les arts martiaux.

Une séance d’hypnose commence par une préparation, une induction puis travaille sur la respiration… Un entrainement d’Aïkido, débute lui aussi par une préparation méditative basée sur la respiration…

Dans les deux cas, on cultive chaque jour l’art du changement, en travaillant sur l’équilibre entre le corps et l’esprit.

Une pratique dès le plus jeune âge va donc aider l’enfant à se structurer sur des bases solides.

Il aura une meilleure perception de son corps, car rappelons que le développement psychomoteur de l’enfant est en constante construction, qu’il s’agisse de sa latéralisation (droite/gauche, devant/derrière…), ou de sa dextérité au moment des grandes poussées de croissance. L’adolescent se (re)trouve alors bien maladroit avec un corps qui a grandi très vite.

Dans nos cours d’Aïkido, nous avons noté des progrès rapides de latéralisation chez des enfants d’âge primaire, en particulier par le travail avec les armes qu’ils affectionnent tout particulièrement.

Etre dans le mouvement, avec le juste geste, de devoir s’adapter au rythme et à la distance de son partenaire, tout en travaillant sa latéralisation et sa respiration, sont autant de facteurs d’une grande efficacité !

Une meilleure gestion de ses émotions s’observe également rapidement sur le tatami comme à la maison, ainsi que nous le rapportent les parents.

Les enfants apprennent d’abord par l’observation et ensuite par la pratique, cela diminue l’impulsivité : ils doivent observer et mémoriser un mouvement pour pouvoir ensuite le reproduire. Et par conséquent, ils travaillent aussi la capacité à accepter d’échouer !

Bon nombre d’enfants sont en réelle souffrance dans leur vie quotidienne face à l’erreur et certains même se dévalorisent ou entrent en panique à l’idée de ne pas réussir !

Tout cela est travaillé sur le tatami sous le regard attentif du Sensei.

L’agressivité émerge chez les êtres humains entre un et deux ans en réponse à la frustration. Tous ceux qui ont vu des enfants grandir, ont pu observer cette scène ; un enfant arrache le jouet d’un autre et l’utilise pour le frapper ! Tous les parents ou éducateurs vont alors, avec une patience infinie, aider les enfants à domestiquer cette agressivité et à exprimer par d’autres moyens cette frustration. Jean-Jacques Rousseau disait qu’on « domestiquait » un jeune sauvage…Cependant bien souvent on étouffe et réprouve toutes les expressions de cette agressivité. Mais où va toute cette colère ?

Si le corps ne l’exprime pas, elle reste confinée et devient le terreau de biens des maux…

Sur un tatami, on peut laisser le corps s’exprimer, dans une atmosphère bienveillante et sécurisante, encadré par des valeurs fortes.

C’est ce point crucial de la transformation de l’agressivité qui est thérapeutique. Ou plus précisément, la gestion de cette transformation.

Toute agressivité exprimée et transformée donne naissance à une force vitale incroyable !

Observons-en le bienfait chez des enfants qualifiés comme « trop gentils » qui acceptent tout des autres et ont parfois du mal à se défendre. On remarque très vite qu’ayant exprimé et transformé cette agressivité, ces enfants changent de posture, se redressent et deviennent plus sûrs d’eux. Et ne sont plus la proie des plus forts…

L’étymologie du mot agressivité est « aggredior » qui signifie certes agresser, agir avec violence mais également se mettre en marche, entreprendre…

Ainsi, les arts martiaux intègrent-ils cette agressivité inhérente à chaque être humain, en permettant de l’orienter et en autorisant son expression libératrice.

Ils contribuent en définitive à une meilleure protection de soi, et donnent à chacun des « armes » pour lutter notamment contre le harcèlement.

Ce qui est bon pour l’enfant, l’est naturellement pour l’adulte. Car une fois cette force propre découverte, l’estime de soi se renforce alors que le sentiment de dépression diminue.

Enfin, en favorisant une meilleure relation aux autres et un meilleur respect dans les relations, nous observons que les jeunes développent un sentiment altruiste et de protection d’autrui : les enfants vont avoir tendance à plus facilement intervenir lorsqu’un autre se fait embêter.

Car en développant l’indispensable écoute de son partenaire, on enseigne en définitive une certaine forme de discipline et le respect : on apprend à s’adapter à son âge, sa taille, sa force. Toutes les particularités de l’adversaire-partenaire deviennent non plus des sources d’inquiétude, mais d’enseignement.

Vous l’aurez compris à tous les âges, les arts martiaux apportent un mieux-être évident. Alors pourquoi ne pas essayer ?

L’enfant et l’Aïkido, la respiration

Prendre le temps de Respirer dans le quotidien :

La respiration est au centre de tout, que ce soit dans le quotidien, dans la thérapie ou dans la pratique martiale. Encore faut-il prendre le temps de respirer…
« Cette année nous avons décidé de prendre notre temps… », m’a annoncé un papa en consultation, en cette fin août ; « Ras le bol de courir pour de multiples activités à travers la ville ».
En général, après les vacances, pleins de bonnes résolutions, nous remplissons l’emploi du temps, et en bons petits soldats que nous sommes, nous effectuons tout ce qui est sur la liste… Mais à quel prix !
Vite, vite, on rentre, vite, on mange son goûter, vite, on repart à la piscine…tout cela en apnée, en bloquant sa respiration ! Alors, il est où le bénéfice de l’activité ?
« Le lundi, j’ai toujours mal au ventre dans l’après-midi, car je sais qu’il faut que je sois à l’heure pour mon activité et des fois, je traine un peu avec mes copains…»
Et si le vrai luxe, c’était le temps !
Ce fameux mal au ventre dont j’entends parler presque à chaque consultation. En apnée, le ventre est noué ; il ne respire pas et très vite, il fait mal.
C’est le terreau idéal pour que l’anxiété se développe; de même que les peurs, les obsessions et les phobies…

Bien sûr, c’est important que l’enfant puisse faire des activités mais c’est aux parents d’évaluer si ça va être gérable et le cas échéant de dire non, ce n’est pas toujours possible d’en faire plusieurs. Il faut être certain qu il y aie plus de bénéfices que de stress.

Avant 10 ans, une activité le mercredi est suffisante, elle doit être proche de la maison. Si c ‘est le soir en semaine, il faut être certain que l’enfant n’aura pas trop de devoirs !
Alors pour se détendre, on va prendre son temps; la fameuse « pleine conscience », être vraiment connecté à ce que je fais : si je mange, je mange, et pas avec un écran, si je dors, je dors et pas avec la musique, je suis en lien avec ce que je fais et je l’apprécie…
Si je suis un fin gourmet, je prends de le temps de déguster et je n’avale pas tout rond mon repas… Premier pas pour lutter contre les kilos en trop…

En pratique :

Pour résoudre le stress, l’angoisse, le mal de ventre, je réapprends à respirer :

Alors 123 j’inspire …;1,2,3, j’expire…je sens pleinement le mouvement de l’air qui entre et qui sort de mes poumons.

Je regarde ce qui se passe à l’intérieur de moi ; les parties du corps où je me sens bien,… et les parties où je me sens moins bien, celles où j’ai mal, celles où j’ai froid ;… les parties où je suis tendu et celles qui sont souples…

jJ’observe tout cela calmement… tout en continuant de respirer tranquillement.
123 j’inspire …;1,2,3, j’expire,… j’observe maintenant les images et les idées qui me passent par la tête, je les observe qui passent et qui s’envolent…

jJe fais cet exercice pour faire vraiment attention à ce qui se passe ici et maintenant.

Dans la pratique martiale :

En Aïkido aussi, le maître Sensei met l’accent sur la respiration dès la première partie du cours, on se tient droit, assis en seiza et que le corps, le coeur et l’esprit sont alignés, la respiration se fait fluide, et les pensées s’éloignent comme lorsque le vent pousse les nuages.

C’est une pratique idéale qui permet à l’enfant (et à l’adulte) de couper avec l’excitation du monde extérieur et de prendre conscience de son environnement. Et tout au long de la préparation (première partie d’une séance), l’accent est mis sur la respiration. Ce sont des exercices respiratoires issus du Tai chi ; par exemple dans la poussée avec les bras dans les 4 directions, on travaille la respiration en déplacement les jambes ancrées dans le sol, c’est tout le corps qui pousse grâce à la respiration !
Tous ces exercices se terminent tous vers le Hara, c’est -à -dire le centre de l’énergie qui permet de prendre conscience de son ancrage et sa posture.
On peut ainsi faire le vide dans sa tête et se préparer à la pratique de l’aïkido.

« Laissez affluer l’énergie de votre centre, à travers votre poitrine, vos épaules, vos coudes jusqu’à l’extrémité de vos doigts.
Le mouvement des mains est très important, il doit permettre au souffle énergie de s’échapper en spirale de l’extrémité des doigts ! », conseillait Morihei Ueshiba, fondateur de l’Aïkido.

Aucune technique d’Aïkido ne peut être convenablement exécutée sans le « souffle-énergie », soulignent les aikidokas .

Parfois même, on utilise sa voix et encore la respiration par des sonorités (kototama) qui accompagne l’exécution des mouvements. C’est d’ailleurs très apprécié et libérateur chez les enfants qui ont moins de gêne que les adultes…

De nombreuses personnes «pensent» à leur corps au lieu de le ressentir.
Que nous soyons ou non présent à notre corps, toutes les parties sont étroitement solidaires, elles communiquent entre elles et nous envoient des signaux concernant ce qui est en excès, suffisant ou tout à fait comme il se doit.

– le sol en contact avec le corps.
-les mains en contact l’une avec l’autre.
-Comment l’enfant ressent son corps en ce moment encore fatigué ou reposé ? Y-a-t-il des zones douloureuses, des tensions particulières ?

Tant que le corps ne se plaint pas, qu’il est fort et reposé, nous ne nous en préoccupons pas mais dès qu’il exprime stress, douleurs ou malaise, il est au centre de notre conscience !

La pleine conscience en méditation apprend à ré-habiter le corps, à examiner et à ressentir tout ce qui se passe à l’intérieur.

Et cela peut nous entraîner à examiner les émotions. Si nous prenons le temps de ressentir l’émotion, nous nous apercevons qu’elle fond comme neige au soleil. C est là, un vrai paradoxe, si on tolère ce que l’on veut éliminer, cela finit par s’estomper.
Mais on ne peut l’apprendre que si on ose éprouver nos émotions !
Pour conclure, la respiration est au centre de tout que ce soit dans la pratique martiale, de la méditation ou encore de la thérapie.

Karine Josse

L’Aîkido et l’enfant

 

L’enfant et l’Aïkido

 

Et pourquoi pas la pratique de l’Aïkido pour lutter contre les troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent ?
Outre le plaisir que procure la pratique de cet art martial, l’Aïkido est une aide précieuse et favorise la confiance en soi. Depuis quelques années déjà, j’en observe les bienfaits chez mes patients.

En effet, une pratique régulière de cet art martial va favoriser chez l’enfant une meilleure confiance en soi grâce tout d’abord à la pédagogie de l’apprentissage qui consiste à pratiquer à deux ; ce sont deux partenaires (et non adversaires) qui travaillent ensemble ; l’un exécutant la technique (Tori), l’autre la recevant ( Aïte) . Le plus avancé SAMPAI aidant le novice KOHAI. On est donc ainsi plus avancé qu’un autre que l’on peut aider à son tour.

Maria Montessori prônait elle aussi l’entre aide comme facteur de développement de la confiance en soi chez l’enfant.

J’ai pû observer des enfants très inhibés et anxieux, faire d’énormes progrès et s’ouvrir en guidant les plus jeunes. La fierté ressentie se lisait sur les visages.
Tout se modifie, la coordination et la tenue s’améliorent, le corps s’assouplit, la relation aux autres se transforme. Il faut accepter d’aller travailler avec l’autre que l’on connaît moins, avec un grand, un plus petit, un garçon, une fille, un plus costaud.
La pratique des armes (jo, bokken, tanto) réjouie tout le monde et aide ceux dont la coordination est moins aisée.
Il faut donc s’ Adapter aux autres, ce que nos enfants ont parfois tellement de mal à faire, car nous, parents nous nous adaptons tellement à eux…
L’importance de l’éthique ( le cadre) et des rituels est également très structurant : on salue son partenaire, son professeur, le fondateur, on remercie son partenaire et on manie les armes en bois avec respect.

 

Vous l’aurez compris l’attention, le respect et la bienveillance sont de mise dans cet art martial. Ici, on utilise la force de son partenaire pour le déséquilibrer avec fermeté mais bienveillance.
Ce sont deux notions fondamentales actuelles plébiscitées dans l’ éducation positive des enfants. Le japonais Morihei Ueshiba, fondateur de l’ Aïkido l’avait bien compris, il y a déjà quelques années.

Ainsi pratiqué cet art martial dénoué de toute agressivité et violence aide à diminuer considérablement le stress.
La respiration est un élément central que l’on apprend à travailler pendant l’entraînement, que ce soit à mains nues ou aux armes !
La concentration afin de mémoriser les enchaînements est totale et vient solliciter la mémoire visuelle et motrice. Tous les tracas quotidiens sont éloignés, la rumination impossible, le cerveau peut ainsi se reposer.
Cet art martial se pratique sans compétition, c’est d’ailleurs ce qui le différencie de tous les sports.
L Aïkido est avant tout une philosophie de vie, un travail sur soi, dans un contexte martial sans cesse en mouvement.

De nombreux enfants précoces pratiquent l’Aïkido. Souvent anxieux et dans le désir de tout maîtriser,  ils y apprennent à respirer, à venir habiter leur corps, à ressentir. Ils développent d’autres capacités qu’ intellectuelles mais peuvent continuer à briller en mémorisant les noms des techniques en japonais.
Une véritable école de la persévérance, on apprend le goût de l’effort; on accepte de ne pas tout réussir tout tout de suite !
Et le fameux lâcher-prise, face aux regards de l’autre. On passe du « je suis nul » , « je ne sais rien faire » à « regarde , je vais te montrer ce que j’ai compris ».

En résumé, on y apprend la frustration tout en gagnant sur la confiance en soi.

KARINE JOSSE

 

Pourquoi l’hypnose avec les enfants?

L ‘hypnose est un état modifié de conscience que nous utilisons tous les jours, quand nous sommes absorbés par le paysage dans le TGV ou par la mer ou par un livre ou un film.

Enfants et adultes y avons recours extrêmement souvent. Cela nous permet de discuter avec notre inconscient, mais c ‘est aussi une technique thérapeutique de changement très précieuse.

Cela devient une façon d ‘être de penser et d’agir en harmonie avec soi-même et son environnement .

L ‘enfant va utiliser l’hypnose au quotidien grâce à un travail sur la respiration, sur le corps et sur la conscience de l’instant présent.

L’hypnose est utilisé en hypoalgésie ou hypnothérapie pour faire face à la souffrance et à la douleur, traverser les émotions et trouver un équilibre, construire un sentiment de sécurité intérieure.

Les séances d’hypnose s’appuient sur l’utilisation d’outils de communication habituel de l’enfant (jeu,dessin, contes…)

Faire confiance à son enfant

Un beau jour, on s’entend dire à son enfant : “Je te fais confiance”… Une décision qui, si elle ravit l’intéressé, ne doit pas se prendre à la légère. Faire confiance est en effet le résultat d’un cheminement qui commence dès le plus jeune âge, au long duquel les parents apprendront à l’enfant comment devenir fiable.

Faire confiance à son enfant suppose que le parent sache se situer entre surprotection et confiance aveugle. D’une part, cela réclame un certain lâcher prise : il faut accepter de mettre ses angoisses de côté pour laisser son enfant affronter certaines situations. Ce qui est d’autant plus difficile qu’on a du mal à réaliser qu’il a grandi, et qu’il est de plus en plus capable. A contrario, il ne s’agit pas de surestimer les aptitudes de l’enfant et d’avoir à son égard des attentes irréalistes, ou de faire preuve d’un certain laxisme. la confiance, ça se construit Faire confiance à son enfant sera d’autant plus aisé qu’on l’élève dans une atmosphère de bonne communication et de vraie écoute. Habitué au dialogue, l’enfant n’aura pas peur de se confier à ses parents. Devenir digne de confiance sous-entend qu’on apprenne à se responsabiliser, en comprenant que ses actes ont des conséquences. Cela suppose aussi que l’enfant (ou l’adolescent) sache juger une situation et prendre des décisions – celles qui sont bonnes pour lui, mais aussi pour les autres – qui lui permettront par exemple d’éviter de se mettre en danger. “Pour cela, il est très important d’habituer l’enfant, dès tout petit, à reconnaître ce qui est bon pour lui, de respecter ses sentiments et sensations : avoir faim ou pas, avoir chaud ou froid… Si la parole de l’enfant est reconnue, il se fera confiance et il aura confiance en son jugement, ce qui lui sera utile toute sa vie”, souligne la psychologue lyonnaise Karine Josse. Cette notion de respect de soi, et des autres, fait de l’enfant un être fiable, qui réfléchit, qui n’obéit pas bêtement et ne suit pas les autres aveu
glément. Guider son enfant vers l’autonomie est également indispensable pour pouvoir lui faire confiance plus tard. “Il faut suivre le principe de Maria Montessori “Apprends-moi à faire tout seul” ,recommande Karine Josse. On fait expérimenter des choses à l’enfant, on l’accompagne, on l’aide à faire tout seul, puis on le lâche. C’est comme l’apprentissage du vélo : à un moment, il faut savoir lâcher son enfant, tout en acceptant qu’il tombe. C’est primordial, pour qu’il puisse conduire sa vie.” faire confiance au quotidien Tout parent souhaiterait pouvoir faire confiance à son enfant dans le cadre des devoirs. Pour cela, il faut rendre à l’enfant sa responsabilité.“L ’enfant doit comprendre que ses notes sont les conséquences directes de son travail”, explique la psychologue. Il récolte ce qu’il a semé. S’il n’a pas assez travaillé, c’est sa responsabilité. D’autre part, il doit bien réaliser qu’il travaille pour lui, pas pour ses parents. Alors, il vaut mieux éviter :
“Tu m’asramené une mauvaise note !” Quand l’enfant est jeune, on est très présent pour les devoirs, on lui apprend à travailler, puis au collège on lâche progressivement sur certaines choses. Ça donne des indications sur l’autonomie de l’enfant. “On aide l’enfant jusqu’à ce qu’il puisse se porter tout seul, recommande la psychologue. Il faut s’adapter : certains ont besoin d’être encadrés plus longtemps que d’autres. Quand on voit que l’enfant est autonome dans son travail scolaire, et que c’est vraiment lui qui porte son sac à dos, cela veut dire qu’on peut lui faire confiance.” “Concernant les sorties, si on veut pouvoir raisonnablement lâcher du lest, il ne faut pas ouvrir trop de libertés trop tôt”, prévient la psychologue. C’est aux parents de faire preuve de bon sens. Il ne s’agit pas de mettre son adolescent dans une situation qui n’est pas adaptée à son âge. “Jusqu’à 16 ou 17 ans, je recommande qu’il y ait une présence adulte, ajoutet-elle. Au-delà, on peut se dire que si on a fait le travail en amont, l’ado aura une capacité d’analyse de la situation qui fera qu’il saura évaluer les risques, donc que ses parents peuvent lui faire confiance.” Quant aux écrans, il est quelque peu illusoire d’imaginer qu’un enfant puisse se raisonner. Dans ce cas, lui faire confiance ne sert à rien, cela ne peut qu’engendrer déception, conflits et frustrations. Mais, “à partir du lycée, les adolescents peuvent y arriver,estime Karine Josse. On peut commencer par le laisser gérer, tout en surveillant, et on voit ce que ça donne. Comme ça, l’ado peut expérimenter le fait de se réguler, et se rendre compte par lui-même des résultats. S’il n’y arrive pas on remet du cadre, malgré ses protestations.”

“Le soir, je rentre chez moi à 18h30, raconte Mélodie, mère de Zoé, 15 ans, et Achille, 12 ans. Nous avions convenu avec nos enfants qu’ils feraient leurs devoirs à leur retour de l’école et que, dès que je rentrerais, ils pourraient se détendre, en l’occurrence utiliser des écrans… On comptait sur eux, mais on a vite réalisé qu’ils n’arrivaient pas à tenir leurs engagements. Entre les textos des copains, un jeu sur la tablette, une vidéo sur Internet… ils ne voyaient pas le temps passer, et lorsque je rentrais les devoirs n’étaient
pas faits. Après les avoir punis, on s’est rendu compte avec mon mari qu’on avait mal évalué leur capacité à résister à la tentation. On a changé notre fusil d’épaule : les enfants se détendent à leur retour de l’école, à condition que quand j’arrive ils se soient déjà mis au travail et qu’il n’y ait plus d’écran dans la soirée. Et ça marche ! Ils font leur travail scolaire jusqu’au repas, et après ils se plongent dans un livre. Tout le monde y trouve son compte : on a arrêté de se méfier, et les conflits se sont stoppés.”
Quand l’enfant trahit la confiance de son parent La psychologue rassure les parents : “C’est normal qu’il y ait des ratés. En premier lieu, c’est au parent de s’interroger et de comprendre ce qui s’est passé.” En général, quand l’enfant ne respecte pas ce qui était convenu, c’est qu’on lui en a trop demandé et qu’il n’était pas complètement prêt. Alors on fait doucement marche arrière, jusqu’à ce qu’il comprenne quel est son intérêt et où sont ses responsabilités. “Les parents doivent attendre que leur enfant soit à peu près prêt à respecter ce qu’ils lui demandent. Ça ne sert à rien de faire confiance à son enfant si on sait d’avance que ça ne marchera pas.” Quoi qu’il en soit, on s’abstient de critiquer, de faire la morale, de juger l’enfant ou de le punir, ce qui a pour effet de l’infantiliser, plutôt que de le responsabiliser. Le parent doit aider l’enfant et contrôler davantage. Autre cas de figure : lorsque les parents n’écoutent pas les désirs de l’enfant et mettent un idéal qui ne lui correspond pas. L ’enfant ne pourra jamais être à la hauteur de ce que ses parents attendent de lui. Il préférera les trahir plutôt que de les décevoir, de leur faire de la peine, ou par peur des représailles. C’est le cas d’un enfant qui cache ses notes car il sent qu’elles ne seront jamais assez bonnes aux yeux de ses parents. Avec le risque qu’un jour il envoie tout balader… “Il faut quand même bien garder en tête que, malgré tout ce que l’on aura transmis à ses enfants, on ne peut pas leur faire confiance à 100 %,prévient Karine Josse. On doit leur accorder une confiance surveillée, tout simplement parce que ce sont des enfants ! Car il y aura toujours un moment où ils failliront, ne serait-ce que pour tester les limites imposées par leurs parents ! Dans ce cas, on les rappelle à l’ordre de façon ferme et bienveillante, et on remet un cadre plus ferme.”

/// Céline Rapinat in LYON CAPITALE // MARS 2017 //  N°764

 

Faites les bouger !

 

La Fédération française de cardiologie a tiré la sonnette d’alarme en février, dans un communiqué reprenant les résultats d’une enquête australienne menée auprès de plusieurs millions de jeunes de 9 à 16 ans. On y découvre notamment que les collégiens ont perdu 25 % de leurs capacités physiques en quarante ans. À quoi ce chiffre est-il dû ? Pourquoi est-il urgent que les jeunes se remettent en mouvement ? Et comment
les motiver ?

À la lecture de l’étude australienne, on apprend que, si les collégiens couraient le 800 mètres en 3 minutes en 1971, il leur en faut aujourd’hui 4. Un constat inquiétant, car il sous entend une incidence sur la santé à venir des jeunes. S’ils ne changent pas leurs habitudes, ils risquent en effet de vieillir avec des problèmes de santé.
Comme le souligne la cardiologue lyonnaise France Cadi, organisatrice des premiers Parcours du coeur scolaires* à Lyon en 2010, “avoir une activité physique régulière diminue le risque de présenter une maladie cardiovasculaire, en éloignant du tabagisme, en luttant contre l’hypertension, le diabète et l’obésité”. Sans oublier les bienfaits psychologiques du sport : “Nous pratiquons un sport pour être en forme, pour être bien dans notre corps mais aussi dans notre tête, rappelle le docteur Cadi. Avant tout, l’activité physique doit être reliée au plaisir et au bien-être.”
Une bonne hygiène de vie dès le plus jeune âge
Pour les enfants de 5 à 17 ans, l’Organisation mondiale de la santé recommande au moins 60 minutes par jour d’activité physique “d’intensité modérée à soutenue”. Et de préciser : “L’activité physique englobe notamment le jeu, les sports, les déplacements, les tâches quotidiennes, les activités récréatives, l’éducation physique ou l’exercice planifié, dans le contexte familial, scolaire ou communautaire.” Ces 60 minutes quotidiennes, certains en sont loin. La faute à qui ? Essentiellement à nos nouveaux modes de vie, largement plus sédentaires qu’autrefois. Un temps considérable passé sur les réseaux sociaux ou à jouer aux jeux vidéo, des trajets même courts effectués en voiture, une alimentation pas toujours équilibrée qui favorise l’embonpoint. “Nos habitudes alimentaires ont changé, constate France Cadi. Nous mangeons plus vite et moins équilibré, les selfs des cantines ne donnent plus l’assurance d’un repas structuré. Les enfants ont tendance à se rattraper sur le goûter. Du coup, ils n’ont pas faim au moment du dîner…”Autant d’éléments qui favorisent le grignotage. C’est un véritable cercle vicieux qui s’installe : l’enfant qui se dépense moins et se nourrit mal est en surpoids, ce qui le gêne à l’effort et l’éloigne du sport. De l’alimentation à notre mode de vie sédentaire, c’est donc toute une hygiène de vie qu’il faut revoir. À ce titre, la cardiologue met en avant la règle des “0-5-60”, préconisée par la Fédération française de cardiologie : “0 tabac, 5 fruits et légumes par jour, 60 minutes d’activité physique quotidienne. Il faut que l’enfant intègre ces règles dès son plus jeune âge, comme il apprend le brossage des dents.”
On se bouge en famille
C’est en famille et au plus tôt que les bonnes habitudes se prennent. “À mon sens, c’est le travail des parents d’aider leur enfant, dès tout-petit, à s’acclimater au sport, souligne Karine Josse, psychologue pour enfants et adolescents à Lyon. En lui apprenant à faire du vélo, en l’amenant au parc faire du toboggan ou jouer au ballon, en barbotant avec lui dans la piscine… Une découverte qui doit se faire dans le plaisir de la relation avec ses parents, et qui aidera l’enfant à être dégourdi, bien coordonné, autrement dit bien dans son corps.” Autant de bonnes bases pour poursuivre par la suite une activité physique régulière. Et quand l’enfant grandit on continue, autant que possible, de se bouger en famille : balade à pied, à vélo, en roller…
En ayant toujours en tête la notion de plaisir. “Des activités qui permettent aussi à l’enfant de découvrir la notion d’endurance sur la durée, en apprenant à gérer son effort et sa respiration, ajoute le docteur Cadi. L’endurance nécessite de l’entraînement et de la persévérance, autant de qualités qui lui seront par ailleurs utiles dans d’autres domaines de sa vie.”
L’activité physique doit aussi s’inscrire dans un quotidien : ne pas hésiter à monter les escaliers à pied plutôt que de prendre l’ascenseur, à marcher plutôt que de prendre la voiture (ou descendre un arrêt plus tôt quand on circule en transports en commun). En la matière, les parents sont les mieux placés pour donner l’exemple. On fait participer ses enfants aux tâches quotidiennes (aider à passer l’aspirateur, descendre la poubelle, décharger la voiture…), ce qui, outre l’aspect éducatif, leur permet de se dépenser.
Le choix d’un sport, déterminant pour la motivation
La pratique régulière d’un sport fait partie des recommandations de l’OMS. En sachant qu’elle ne doit en aucun cas être synonyme de contrainte. Pour Karine Josse, “le plus important à prendre en compte dans le choix d’un sport est la notion de plaisir. C’est le désir de l’enfant qu’il faut suivre, et non celui des parents”. Il faut accepter que l’enfant soit en phase de découverte et change de sport régulièrement. La bonne relation avec le prof, la présence des copains – surtout pour les ados – sont autant de facteurs déterminants pour que l’enfant aille à son activité sans traîner les pieds. “Attention aussi à la suractivité, prévient la psychologue. De 6 à 10 ans, je ne recommande pas plus de deux activités sportives (idéalement le mercredi et le week-end).
Il faut trouver un juste équilibre : trop de sport surexcite.”On peut recommander certains sports en fonction du tempérament de l’enfant. “L’escalade aide à prendre confiance, l’enfant apprend à dépasser ses peurs. Les arts martiaux développent la latéralisation, aident à gérer son agressivité et ses émotions en général. Les sports d’équipe (que je recommande davantage après 10 ans) aident au respect des règles et dans la relation aux autres”, souligne la psychologue.
La compétition, proposée rapidement dans la plupart des sports, constitue-t-elle un frein ou une motivation supplémentaire ? Tout dépend des enfants. Certains apprécient particulièrement les challenges ; pour eux, la compétition est un véritable moteur et donne du sens à l’entraînement. Pour ceux qui ne gèrent pas bien la pression ou que la compétition n’attire tout simplement pas, on peut faire du sport autrement.
C’est ce que confirme Marie Burdin, enseignante au dojo de Lyon Centre Aïkido (Lyon 2e) : “Dans l’aïkido traditionnel tel que nous l’enseignons, il n’y a pas de compétition. Il n’y a pas de cours de niveau. Les nouveaux s’appuient sur les anciens, qui sont encouragés à transmettre leur savoir-faire aux débutants. Les enfants, que l’on accueille à partir de 7 ans, apprennent à se relâcher et à être dans l’instant présent, puisqu’il s’agit d’être en constante adaptation face à son partenaire. En ce sens, l’aïkido aide l’enfant à mieux gérer les situations de stress, et à développer sa confiance en lui. Le passage de grade ne constitue en aucun cas une compétition, puisqu’on va évaluer aussi bien la technique que l’attitude de l’enfant, son assiduité…”
“Il ne faut pas oublier que le sport, c’est d’abord le jeu, ajoute Karine Josse. Et comme les parents sont des modèles pour leurs enfants, s’ils sont heureux en faisant du sport, ils donneront envie à leurs enfants de pratiquer.”
/// Céline Rapinat

* Manifestation organisée chaque année en France dans certains établissements scolaires, qui propose aux élèves de participer à des
activités physiques et de recevoir des conseils de prévention sur la santé cardiovasculaire.

Éducation Sexuelle : quelle place pour les parents ?

Source de questionnement dès le plus jeune âge, la sexualité peut engendrer de l’inquiétude à l’adolescence. Pour preuve, 50 % des appels arrivant au fil Santé Jeune* concernent ce sujet. Quel rôle les parents doivent-il jouer dans l’éducation sexuelle de leur enfant ? Comment se situer entre information et intrusion ?

La curiosité sexuelle des petits

« Dis, comment on fait les bébés ? » Quel enfant n’a pas prononcé cette fameuse phrase, plongeant son papa ou sa maman dans l’embarras. « C’est généralement aux alentours de trois ans que ce genre de questions arrive » explique Karine Josse, psychologue à Lyon. « Inutile de rentrer dans les détails. On explique que c’est le papa qui donne une petite graine à la maman. Et pour les plus curieux, on ajoutera : ça se passe par les zizis. On n’en dit pas plus, et on peut très bien rétorquer à l’enfant qu’il doit attendre plus tard pour savoir le reste. C’est la période à laquelle on dira à son enfant, s’il est issu d’une FIV, que c’est le docteur qui a aidé les petites graines à se rencontrer. ». C’est aussi entre trois et six ans que les enfants aiment bien jouer au docteur ou au papa et à la maman… Cela correspond à une vraie phase de découverte. « Ces jeux sont normaux, il ne faut pas se fâcher, pour ne pas créer de traumatisme.» prévient Karine Josse. « A condition cependant que cela se passe entre enfants du même âge, que les deux enfants soient d’accord, et qu’ils ne s’exhibent pas ». Dès lors, il est indispensable de poser les règles du respect de son corps et du respect de l’autre. L’enfant doit savoir dire « non » lorsqu’il n’est pas d’accord, de même qu’il doit respecter le « non » de l’autre. On en profite pour apprendre aux enfants à ne pas entrer dans la chambre des parents sans y avoir été invité. C’est aussi à cet âge que les parents doivent cesser de prendre le bain avec leur enfant. On n’oublie pas non plus de poser l’interdit de l’inceste. De quoi bien souligner la différence des générations. « Cela permet de distinguer la sexualité adulte de celle des enfants » souligne Julie Murard- Cuilleret, psychologue à la Tour du Pin. « Et du coup, de ne pas accorder trop d’importance aux « relations » que les enfants peuvent entretenir à cet âge-là»

La période de latence : le calme avant la tempête

Aux alentours de 6-7 ans, l’enfant entre dans la période dite de latence, durant laquelle toute sa curiosité sexuelle sera mise entre parenthèses, au profit des apprentissages. Il prend conscience de son corps, devient pudique. Lui qui se baladait volontiers tout nu au milieu de l’appartement s’enferme dans la salle de bain et ne veut même plus laisser entrer ses parents. Il peut éprouver de la gêne, voire du dégoût, à la vue du moindre baiser. « C’est généralement à cet âge que l’enfant ne veut plus voir ses parents nus, ou qu’il ne veut plus prendre le bain avec son frère ou sa sœur » prévient Karine Josse. « Il faut respecter cette pudeur et préserver son intimité. ». Si votre enfant vous pose une question sur la sexualité, ne faites surtout pas l’erreur de parler de votre sexualité ou de vos anciennes aventures ! Il faut répondre en général. « On peut très bien lui dire : « ce dont tu me parles, ce sont des mots du domaine sexuel. Est-ce que tu sais ce qu’ils veulent dire » ? » recommande Karine Josse. Et lui fournir une explication simple, adaptée à son âge, sans rentrer dans les détails, en lui rappelant que cela concerne les adultes. « S’il s’agit de mots vraiment osés et grossier, on peut se contenter de dire à l’enfant que ça n’est pas bien intéressant ». Lorsque l’enfant pose beaucoup de questions, il peut aussi se référer à des livres adaptés à son âge.

Les bouleversements de la puberté

L’entrée dans la puberté ne se fait pas au même moment pour tout le monde. Les filles sont généralement plus précoces. «Il faut être attentif pour bien percevoir où en est son enfant. Et ce afin de le laisser grandir à son rythme. C’est inutile de s’affoler si sa fille est préado en CM2, ou à contrario si son fils est encore « bébé » en sixième » rassure la psychologue Julie Cuilleret. Ainsi, lorsque que l’on sent que son enfant s’apprête à connaitre des transformations corporelles, on peut en discuter avec lui. Il faut en parler suffisamment librement pour ne pas rendre le sujet tabou, mais sans rentrer dans l’intimité de l’enfant. « On donne des informations de manière générale, afin de ménager la pudeur de l’enfant » recommande Karine Josse. « Tout en restant vague, on informe l’enfant de ce qui se passe quand il grandit : Ainsi, quand les changements surviendront, il saura que c’est normal, et ne sera pas gêné. ». Si possible, il est préférable que les messages soient donnés à l’enfant par son parent du même sexe. La mère sera en effet plus à l’aise pour parler des règles avec sa fille, de même que le père des changements du corps chez un garçon avec son fils. « C’est bien de mettre des livres à la maison qui répondront à leurs questions  sans les gêner, en toute intimité » préconise Karine Josse. D’une manière générale, Il faut que l’enfant sente que son parent est à l’écoute s’il a des questions.

Les premières relations sexuelles

La sexualité occupe l’esprit des adolescents. Les parents ont alors un rôle important à jouer, tant informatif que préventif. « Pour aborder le sujet, On n’attend pas forcément les questions, on profite d’une conversation… » recommande Karine Josse. « . Là encore, on parlera de manière générale, et si possible avant que son enfant n’ait des relations, sinon ça risque de le gêner. ». A ce titre, l’âge moyen du premier rapport sexuel est dix-sept ans. Et n’a officiellement pas bougé depuis 50 ans, malgré l’hyper sexualisation de notre société. D’ailleurs, comment aider les jeunes à gérer les images crues que leur renvoient quotidiennement les médias ? En leur expliquant qu’il s’agit d’une vision tronquée de la sexualité. Et en replaçant la pornographie à sa juste place : les acteurs sont payés, et ce n’est pas comme cela que ça doit se passer dans la réalité. C’est l’occasion de leur rappeler que la sexualité doit être liée à un sentiment amoureux. « On leur expliquera qu’une relation sexuelle, c’est échanger quelque chose avec quelqu’un dans un cadre où il y a de l’amour» préconise Julie Cuilleret. Les valeurs de respect de soi et de l’autre sont tout aussi primordiales : « Il faut expliquer à son enfant qu’il ne faut pas être sous l’emprise de l’autre » prévient Karine Josse. « Et s’assurer qu’il est capable de dire non, voire de se défendre. C’est d’autant plus important quand il commence à aller en soirée. A ce titre, je déconseille fortement les soirées sans présence parentale avant quinze ans ». Les parents ne doivent pas hésiter à parler prévention avec leur enfant, pour les mettre en garde contre les dangers des rapports non protégés : MST, Sida, grossesses non désirée…. « En revanche, ce n’est pas aux parents d’acheter les préservatifs à leur enfant, c’est malsain »souligne la psychologue. D’une manière générale, la discrétion est de mise, aussi bien de la part des parents que des enfants.

*Fil santé jeune : numéro vert anonyme et gratuit auquel répondent gratuitement des médecins et des psychologues.

Réussir ses vacances avec son ado

C’est bien connu, les adolescents ont plutôt tendance à râler qu’à s’enthousiasmer sur les activités qu’on leur propose. Alors, quand vient le moment des vacances, il est légitime que les parents s’interrogent. Réussir ses vacances avec son ado, est-ce possible ? Comment respecter son autonomie grandissante tout en conservant une autorité ? Petit mode d’emploi pour des vacances en famille réussies.

C’est en général aux alentours de 15 ans que les vacances en famille n’amusent plus les adolescents. Et ils ne se gênent pas pour le faire sentir, en faisant la tête, en refusant de se mettre en maillot, en trouvant tout nul…

Forcément, la destination choisie influe sur la réussite des vacances. Quinze jours dans un endroit perdu, sans rien à faire ni jeunes à rencontrer…, il y a fort à parier que l’ambiance ne soit pas au rendez-vous.

« Y a le wifi ? »

En quête de sensations, les jeunes sont souvent partants pour les petits périples à l’étranger. Découvrir une culture différente, une autre manière de vivre, faire de nouvelles rencontres, voilà qui devrait les émoustiller.

Généralement, les ados aiment bien partir à l’aventure. Il faut préparer le séjour avec eux, leur demander ce qu’ils ont envie de faire, tout en gardant en tête le but du jeu : leur montrer des choses qu’ils ne connaissent pas.

C’est bien d’aller dans le sens de leurs goûts. L’adolescent est passionné de sport ? On s’efforcera de trouver un lieu de vacances où il pourra pratiquer des activités sportives. Il ne faut pas hésiter à proposer des activités insolites, qui le sortiront de sa torpeur : sport d’aventure, pique-nique sur la plage, nuit sous la tente, escapade nocturne… Un bon moyen de le décoller de ses écrans. Car, au grand désespoir des parents, la première parole des ados à l’annonce des vacances est bien souvent : “Est-ce qu’il y a le wifi ?”

Franchement, je pousserais pour qu’il n’y ait pas d’accès à Internet. Les ados pourront retrouver leurs livres, se bouger, faire des jeux de société en famille…

L’occasion aussi de faire des vacances un moment de retrouvailles privilégié, et de prendre le temps de discuter, échanger, communiquer, les écouter, leur faire passer des messages…

Relâcher (un peu) la pression

Pendant les vacances, il faut savoir assouplir les règles, les adapter à la situation. Bien sûr, en vacances, les ados aiment traîner, se lever à point d’heure, l’air apathique. Si cela vous est insupportable, il faut trouver le compromis qui saura satisfaire tout le monde. On peut exiger que le déjeuner et le dîner soient pris en famille. On peut aussi donner une heure limite pour la prise du petit-déjeuner, 10h30 par exemple. Ou octroyer la permission de faire la grasse matinée un matin, sachant que le lendemain tout le monde se lèvera tôt pour faire une activité ou une excursion.

Être en vacances en famille ne veut pas dire tout faire ensemble tout le temps. Il faut savoir lâcher du lest et respecter des plages de liberté pour chacun.

Si on va dans un endroit type VVF, où il y a un club ados, on est certes en famille mais les enfants bénéficient d’une pseudo-liberté. Tout le monde peut aller à son rythme et on se retrouve pour certains moments. C’est une bonne formule.

Autre point d’achoppement : la participation aux tâches ménagères. Tout le monde est en vacances, alors chacun doit mettre la main à la pâte. Comme le soulignent le pédopsychiatre Marcel Rufo et la journaliste Christine Schilte, spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, “[l’adolescent] préférera de beaucoup que vous lui attribuiez une responsabilité bien définie à la multiplication des demandes de services – justement au moment où il a ses propres occupations* !”

La compagnie d’autres jeunes

Quand un adolescent a tendance à faire la tête pendant toutes les vacances, trouve tout nul au point de devenir un véritable boulet pour le reste de la famille, la solution peut être d’emmener un de ses copains. Non seulement il aura un regain d’intérêt pour ses vacances, mais il aura aussi à cœur de bien se tenir devant son ami. Une sorte de garde-fou qui peut éviter bien des conflits. En revanche, il ne s’agit pas d’accepter la présence du petit copain ou de la petite copine avant que l’enfant ait une vingtaine d’années. Ce serait enfermer l’enfant dans un couple, officialiser une relation, ce qui n’est pas adapté. S’il n’a pas de copain avec lui, c’est bien qu’il ait l’opportunité de rencontrer d’autres jeunes de son âge. On peut l’inscrire – avec son accord – à une activité, un stage, un club ados… À partir d’un certain âge, qui dit copains dit sorties. Celles-ci doivent être contrôlées : avec qui le jeune sort-il, où va-t-il, etc. Il faut fixer un horaire de retour limite. C’est l’occasion aussi de faire un petit rappel quant aux expériences multiples qui peuvent tenter les jeunes, sur les conduites à risque… “Si sa sortie exige un déplacement en voiture ou à deux roues, rappelez-lui les dangers de l’alcool et du cannabis au volant, recommandent Marcel Rufo et Christine Schilte*. En voiture, exigez que celui qui conduit le véhicule reste sobre, à deux-roues rappelez que le port du casque est obligatoire. Encouragez-le à être responsable avant de parler de sanction à tout manquement.”

Le temps de l’indépendance

Puis vient le moment tant redouté où l’enfant annonce à ses parents qu’il veut partir en vacances sans eux. Tant qu’il n’est pas majeur, cela ne pourra se faire que sous la surveillance d’un adulte. Et l’on tâchera de bien se renseigner : où, avec qui, combien de temps et comment ? Ce n’est qu’à partir de 18 ans qu’on peut les laisser partir seuls, entre eux. Et encore. Tout dépend de l’enfant, et de son degré de débrouillardise. Il faut s’assurer qu’il est bien autonome, et digne de confiance. La fiabilité de l’adolescent peut se vérifier facilement au quotidien : respecte-t-il les horaires qu’on lui recommande, est-il toujours là où il prétend être ? La confiance se construit sur du long terme. C’est à ce prix qu’on pourra laisser le jeune partir seul. Malgré tout, ce cap n’est pas toujours facile à passer pour les parents, comme en témoigne Arnaud, père de deux adolescents de 15 et 18 ans : “Mon fils aîné nous demande de partir avec ses copains cet été. Je l’ai ressenti un peu comme un désaveu, même si je sais que c’est normal. Ce n’est pas facile à vivre, car ça nous renvoie en pleine figure la notion du temps qui passe. C’est le début d’une autre ère, une nouvelle étape.”
Pour autant, il ne faut pas freiner l’enfant dans sa demande d’autonomie. Ce qu’il demande est normal, et sain. Ce genre de vacances le fera grandir, il gagnera en assurance. Le tout étant de trouver le juste milieu entre surprotection et total lâcher prise. On peut l’aider à préparer son séjour, lui faire un petit rappel sur les mises en danger à éviter (alcool, mauvaises rencontres, voiture…), lui rappeler comment réagir en cas de problème, et surtout qu’il n’hésite pas à faire appel à un adulte si besoin. C’est bien que l’adolescent fasse des petits boulots au début de ses vacances ou tout au long de l’année pour se payer tout ou partie de ses vacances : s’il veut de l’indépendance, à lui d’en assumer un peu les frais. Même quand l’enfant est grand, on ne se privera pas pour autant d’un temps de vacances en famille, il est important de préserver ces moments privilégiés… qui ne durent pas éternellement.

Séparation du couple : Comment aider l’enfant ?

Françoise Dolto disait : “Dans une maison, les enfants et les chats sont toujours au courant de tout.” En effet, avant même l’annonce d’une séparation, les enfants se doutent de ce qui les attend. À partir de ce constat, comment les parents peuvent-ils les aider à vivre au mieux ce grand bouleversement ?

Disputes, cris, portes qui claquent, insultes…
Comment gérer, auprès de ses enfants, la mésentente qui précède un divorce ? Même si c’est difficile, il ne faut pas exposer l’enfant à des scènes violentes. Encore moins le prendre à témoin. Les crises sont silencieuses ?
Les rancoeurs ravalées ? L’équilibre familial est malgré tout fragilisé, et l’enfant sent bien que l’ambiance est délétère. Insécurisé dans les deux cas, l’enfant s’inquiète, gamberge, culpabilise…
“Il faut expliquer à l’enfant que le couple traverse en ce moment une tempête, recommande la psychologue lyonnaise Karine Josse. Que les deux parents ont chacun leur vérité, qu’ils ne voient pas les choses de la même manière. Qu’ils sont tristes, en colère. Mais sans rentrer dans les détails.

Si l’enfant pose d’autres questions, on lui rétorquera que ce sont des disputes de grands, qu’il n’a pas à en savoir plus.”
C’EST LA RUPTURE, QUE DIRE ?
L’enfant ne doit pas être utilisé comme messager pour faire le lien entre les parents. Encore moins pour régler les comptes entre les parents. Il faut à tout prix le déculpabiliser, car il peut s’imaginer que tout est sa faute, et le rassurer sur le fait que l’amour que ses parents lui portent reste intact.
Si la rupture est définitive, il faut bien l’expliquer à l’enfant, pour qu’il ne passe pas son temps à essayer de rabibocher ses parents. C’est le moment de respecter tous les petits rituels auquel l’enfant est attaché, de respecter son rythme, pour le sécuriser.

SE CONCENTRER SUR LE BIEN-ÊTRE
DE L’ENFANT
“Malheureusement, une séparation n’empêche pas toujours les disputes de continuer, constate Karine Josse. Ce que les parents doivent avoir en tête, c’est le bien-être de l’enfant. Il faut le ménager. C’est plus facile quand la rupture est liée à l’usure dans le couple.”
En revanche, certains parents sont tellement enferrés dans leur tristesse, leur colère, leurs propres problèmes, qu’ils en viennent à oublier l’enfant, qui peut vivre une grande souffrance.
Une juge des enfants explique que “certains parents souffrent tellement lors d’un divorce qu’ils oublient de protéger leur enfant de leurs conflits d’adultes”. “Ils ne pensent qu’à régler leurs comptes, se venger l’un de l’autre, déplore la juge, et l’enfant est alors placé au centre du conflit parental. Il peut devenir aussi bien l’enjeu que l’objet du conflit. L’enfant peut manifester son mal-être par des troubles dans les apprentissages scolaires ou
des troubles du comportement envers ses camarades et au sein de sa sphère familiale : agressivité, agitation, troubles du sommeil, troubles alimentaires…
Dans certains cas, il arrive qu’un enseignant ou une assistante sociale fasse un signalement pour alerter sur la situation d’un enfant. En cas de danger, un juge des enfants est saisi par le procureur de la République. Il convoquera la famille avant d’envisager les mesures de protection nécessaires à prendre dans l’intérêt de l’enfant, telles qu’un suivi éducatif à domicile.”

L’ENFANT DOIT RESTER
À SA PLACE D’ENFANT
Un enfant peut vouloir consoler son parent, devenir son confident. Même si c’est tentant, il vaut mieux l’éviter.
C’est le parent qui est responsable de son enfant, qui le protège, et non l’inverse. On ne comble pas non plus le manque affectif en prenant son enfant dans son lit. “L’enfant n’est
pas un doudou !” rappelle Karine Josse. Lorsqu’on sent que l’on va craquer, c’est le moment de faire appel à la solidarité familiale. Il y a toujours des grands-parents, un oncle ou une tante, un frère ou une soeur pour prendre l’enfant chez lui quelques jours. Une bonne solution pour soulager le parent en souffrance, et extraire l’enfant d’une situation compliquée.
MAINTENIR LE DIALOGUE
EN TANT QUE PARENTS
L’enfant a besoin que ses parents se parlent régulièrement à son sujet, prennent ensemble des décisions le concernant, fassent front en cas de grosse bêtise… “Mon ex-femme et moi allons ensemble aux réunions scolaires de notre fils. Cela nous semble important, d’autant qu’il a parfois des difficultés dans certaines matières. Cela nous permet de mettre ensemble en place un plan d’action cohérent pour l’aider dans ses problèmes scolaires”, explique Yvan, père de Benjamin, 13 ans. “Même lorsque
les parents sont séparés, c’est bien que chacun puisse faire valoir l’autorité de l’autre auprès de son enfant, ajoute la psychologue. En revanche, fêter Noël ou les anniversaires tous ensemble, ce n’est pas souhaitable. Ça ne peut qu’engendrer de la confusion dans l’esprit de l’enfant. Si possible, le cadre posé doit être à peu près identique chez les deux parents, notamment sur les fondamentaux – sommeil, devoirs, écran, alimentation… –, sinon l’enfant souffre trop.”
UNE GESTION DU MATÉRIEL
COMPLIQUÉE
Les règlements de comptes entre parents séparés se font souvent autour des “détails” matériels. Soit pour se venger, soit par laxisme, un parent peut laisser son enfant à l’autre parent avec la moitié de ses affaires, ou du linge pas propre, ou des vêtements hors d’usage… Encore une fois, il faut penser avant tout à son enfant, et faire en sorte que tout soit là, propre, en bon état…
“Avec mon ex-mari, on se disputait à chaque fois que je récupérais les filles le dimanche soir, explique Marina, mère de Juliette, 14 ans, et Camille, 12 ans. Systématiquement, il oubliait leurs affaires chez lui. C’était plus par étourderie que par malveillance, mais ça engendrait systématiquement des conflits entre nous. On a fini par prévoir un maximum de choses en double.” Parfois, le père ou la mère croit bien faire en achetant des affaires neuves à l’enfant pour sa nouvelle chambre.

“Attention, on ne vide pas une chambre entièrement, prévient la psychologue. L’enfant doit pouvoir garder des objets de son ancienne chambre, ses draps, dans ses deux nouvelles maisons. Sinon, il sera trop déstabilisé.”
FAMILLE RECOMPOSÉE, MODE D’EMPLOI
Un parent peut être tenté de présenter rapidement son nouveau compagnon à son enfant. Rien ne sert de se précipiter. Il faut déjà laisser à l’enfant le temps de s’adapter à l’idée de la séparation, puis de s’adapter au nouveau rythme d’alternance.
Une fois les présentations faites et une nouvelle vie commune mise en route, le beau-père ou la belle-mère doit savoir rester à sa place. “Les enfants se plaignent souvent du manque de pudeur du nouveau conjoint de leur parent, déplore Karine Josse. Ils trouvent aussi que leurs parents ne les protègent plus, au profit de leur nouveau conjoint.”
Les différences d’éducation au sein d’une famille recomposée sont parfois difficiles à gérer, et à supporter par les enfants. On peut recommander à la belle-mère ou au beau-père de lâcher un peu prise. “Il est aussi important que le père ou la
mère garde des moments seul(e) avec son enfant, pour que celui-ci comprenne bien qu’il ne l’a pas perdu(e) !” préconise la psychologue. “J’essaie de ménager le plus de temps possible en tête à tête avec mon fils de 15 ans, que je ne vois qu’un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, raconte Pierre, père de Thibault. Ma nouvelle femme l’a bien compris. Pendant ce temps, elle s’occupe de notre bébé. C’est ce qui a permis de soulager un peu les tensions quand notre fils arrivait chez nous les weekends, et se comportait à la limite de la provocation avec sa belle-mère.”

CÉLINE RAPINAT

Nos enfants face à l’actualité

Les nouvelles du monde sont partout : à la télé, à la radio, sur Internet, dans les kiosques à journaux, et même dans les cours de récréation… Face à ce monde surmédiatisé, faut-il laisser les enfants affronter une actualité qui déverse quotidiennement son lot de guerre, catastrophes naturelles, affaires criminelles…Ou bien doit-on résister et tenter de préserver nos enfants ?

L’impact des médias

Pour Karine Josse (1), psychologue pour enfants et adolescents, la réponse est claire : « Pour les enfants de primaire, qui ont déjà une tendance naturelle à s’angoisser facilement, je ne vois pas l’utilité de les exposer quotidiennement à l’actualité, généralement très anxiogène. » A cet âge là, les nouvelles terrifiantes ne représentent aucun intérêt. Soit l’enfant risque d’être traumatisé, soit l’information sera tellement éloignée de son quotidien qu’il ne comprendra pas de quoi il s’agit, et ne pourra rien en faire.

Autant le dire, les journaux télévisés ne sont guère adaptés aux enfants. Cherchant davantage à susciter des émotions qu’à informer, ils diffusent des images qui fascinent, voire traumatisent les plus jeunes. Images qui, par ailleurs, occultent tout, que ce soit le commentaire du journaliste et même notre propre débriefing. « Ce que l’on voit en général lors des journaux télévisés, ce sont des reportages à sensation, des images chocs. » déplore Karine Josse. « Celles-ci vont rester longtemps dans l’esprit de l’enfant, elles risquent de le choquer, de lui faire faire des cauchemars. D’autre part, il faut faire très attention car les enfants ne sont pas toujours bouleversés par les mêmes choses que nous. Il n’est pas rare de voir en consultation des jeunes enfants très angoissés parce qu’ils regardent trop les infos à la télé. Il faut bien dire aussi que dans ces journaux télévisés, il n’y a pas grand-chose qui concerne l’enfant et peut véritablement l’intéresser. ». A l’âge du collège, l’enfant a gagné en maturité, il a engrangé davantage de connaissances, et a déjà une certaine culture. De quoi l’aider à prendre du recul face aux images diffusées à la télé ou sur Internet. « Si l’enfant veut absolument voir le journal télévisé, c’est mieux d’attendre qu’il ait dix ou onze ans, et de le regarder avec lui. Cependant, on ne manquera pas de l’envoyer dans sa chambre quand les informations deviennent trop violentes ou choquantes. Il ne faut pas oublier que les images violentes dès le plus jeune âge ont des répercussions sur le comportement à long terme : agressivité, tendance à être moins sensible à la douleur des autres… »

On se méfiera également des informations à la radio. Qui n’a jamais allumé sa radio puis quitté la pièce sans faire attention, laissant son enfant seul face aux annonces des meurtres, viols et autres nouvelles réjouissantes. Ill vaut mieux rester avec lui à ce moment là. Et ne pas hésiter à éteindre quand certaines nouvelles sont trop insupportables.

L’actualité à la portée des enfants

Pour autant, c’est le rôle des parents d’ouvrir leur enfant au monde. Alors, comment s’y prendre ? Dès que l’enfant a six ou sept ans, il est prêt à entendre des informations qui peuvent le concerner un jour ou l’autre, comme par exemple la violence à l’école. On commencera par les nouvelles de son quartier, de sa ville ou de son village, puis de son pays, et plus tard du monde. Par ailleurs, telle qu’elle est délivrée dans les médias, l’actualité ne se présente bien souvent que sous un angle bien particulier. L’enfant peut avoir l’impression qu’un pays se résume à une catastrophe. On s’efforcera de replacer l’évènement dans son contexte, en parlant par exemple de la géographie du pays concerné, de son histoire, des animaux qui y vivent…

Certains supports sont parfaitement adaptés aux enfants, et traitent de l’actualité en la mettant à leur portée. Pour ne citer qu’eux, Mon Petit Quotidien et Astrapi en primaire, Mon Quotidien et Okapi pour les collégiens. Certains sujets de société sont aussi abordés en douceur et avec humour dans la collection des Max et Lili. Un bon moyen de les aider à comprendre l’actualité un peu délicate.

Mettre de la distance

Malgré toutes nos précautions, nos enfants reçoivent régulièrement des informations à sensation en pleine figure : la télé qu’on a laissé allumée, la page d’accueil Internet et ses gros titres, les une de certains magazines…Sans oublier les conversations de cours de récré, ou les visites chez des copains qui eux, regardent la télé en boucle ou surfent sur Internet sans surveillance…

« Il faut déjà leur apprendre à dire non, sans avoir peur de paraître malpoli, quand ils se trouvent face à des images trop choquantes. » recommande Karine Josse.

Ensuite, bien sûr, il faut les aider à décrypter ce qu’ils ont vu ou entendu, et répondre à leur questions, sans les devancer… « Si l’enfant pose des questions trop invasives, il faut pas hésiter à couper court. Il y a certains détails qui ne le concernent absolument pas, et qui ne sont pas de son âge. » prévient la psychologue.

Comment aider l’enfant à prendre du recul face aux évènements dramatiques auxquels il est exposé ? En réalité, ce qui intéresse l’enfant, c’est de savoir si l’actualité peut avoir un impact direct sur lui et sa famille. Doivent-ils craindre la guerre ? Peuvent-ils être victime d’une catastrophe nucléaire, de violence, de misère ? Ses parents vont-ils perdre leur travail à cause de la crise ?

« Lorsque les enfants sont angoissés par l’actualité, c’est bien souvent que leurs parents n’arrivent pas à prendre de la distance par rapport à certains évènements anxiogènes» estime Karine Josse. Ils doivent être capables de faire le tri dans toutes ces informations qui leur parviennent en temps réel, à chaque seconde, 24h sur 24, et qui d’ailleurs ne sont pas toujours vraies. Et surtout de ne pas se laisser envahir par le catastrophisme. Ils seront alors prêts à rassurer leur enfant en essayant de donner un sens aux évènements. Pourquoi ils se sont produits ? Que fait-on pour que ça ne se (re)produise pas dans notre pays ?…. L’occasion aussi de mettre en avant les réactions d’entraide et de partage qui se déclenchent face à certains évènements.

Une initiative lyonnaise

Au lycée de la Trinité (2), on a compris l’importance d’éduquer les élèves à l’information, afin d’en faire des lecteurs et auditeurs avertis. En classe de seconde, ceux qui opteront pour le projet « Classe Média » apprendront à mettre une distance critique face à l’information, pour mieux la décrypter. Au programme de ce projet, qui occupe une demi-journée par semaine tout au long de l’année : analyse de revues de presse, comparaison de différents JT, rencontres de journalistes, écriture d’articles… Une nouveauté cette année : les élèves seront invités à rédiger le journal du Lycée. « Ils ne pourront pas être dans le copier collé d’article existants » revendique Virginie Desnoues, professeur de français et responsable du projet pour cette année scolaire. « Ils seront de véritables acteurs dans la réalisation de ce journal : pêche aux informations, réalisation d’interviews, animation de conférence de rédaction… » De quoi appréhender véritablement le métier de journaliste. « Ce projet s’intègre totalement dans les apprentissages de seconde. Une partie des enseignants y participent : professeur de langues, pour les revues de presse étrangères, professeur d’histoire géographie, qui utilise des articles de presse pour l’éducation civique … Sans oublier les progrès que les élèves ne manqueront pas de faire en français ! »

Le soutien de l’éducation nationale

Chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français depuis 1983, le CLEMI (Centre de Liaison de l’enseignement et des médias d’information) a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias : Analyser, hiérarchiser, vérifier les informations qui leurs parviennent…Autre intérêt : travailler sur l’actualité est un bon moyen de donner un sens aux savoirs transmis par l’école. Au printemps 2012 se déroulera la 23ème semaine de la presse et des médias dans l’école, à laquelle participent chaque année 4 millions d’élèves dans quinze mille établissements scolaires. Opération phare du CLEMI, cette initiative aide les élèves, de la maternelle aux classes prépa, à connaître les médias, à former leur jugement critique, et à développer leur goût pour l’actualité.

  1. Karine Josse, psychologue spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, Lyon 2ème, Tél : 06 61 80 07 67.

  2. Lycée de la Trinité, 31 rue de Sèze, Lyon 6ème.